Ferraillage parasismique

Avancer malgré les catastrophes

Le Palais national après le séisme du 12 janvier 2010

Se remettre debout, après un cataclysme, n’est pas chose aisée pour les victimes car l’énormité des pertes subies creuse un trou béant dans le cœur comme dans l’esprit. Et pourtant, l’être humain ne doit s’avouer vaincu, ne doit déclarer son impuissance même dans les jours les plus sombres, même dans les moments d’horreur, même quand la mort semble certaine.

Des catastrophes naturelles, il s’en produit tous les jours  à un point ou un autre de la planète.  Pour l’année 2013 qui vient de s’achever, 900  ont été recensées. Elles ont provoqué la mort de plusieurs milliers de personnes, sans distinction d’âge ou de sexe. Des hommes, des femmes et des enfants voient, au cœur même du monstrueux inattendu, le cours de leur vie tourner au cauchemar.  Et, si les chercheurs en climatologie disent vrai, le nombre de ces aléas naturels vont croître dans les prochaines décennies et les dégâts qui en résulteront  seront de plus en plus importants. Et pour cause ! Les espaces de vie comme les constructions sont révélateurs tant de la vulnérabilité humaine que de la fragilité terrienne.

Dans un monde qui tremble, tourbillonne, s’enflamme ou s’inonde, seule la volonté de mieux maîtriser l’impact des éléments naturels sur l’environnement et sur l’humain peut assurer une chance de survie aux rescapés des zones touchées. Et cette vérité, il faut la prendre en compte dans les plans et les programmes.

Mais notre pays ne semble pas encore avoir appris des malheurs vécus suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010.  Ces dizaines de milliers de corps enfouis sous les décombres n’ont-ils pas voulu nous faire comprendre qu’il faut changer d’approche ? Qu’il faut faire une plus grande place à la science, dans nos actions quotidiennes ? Qu’il faut aiguiser nos armes techniques en attendant les prochaines catastrophes ?

Une maison en construction. Mise en application des normes parasismiques

Aussi, aujourd’hui, ne convient-il plus de limiter l’hommage aux victimes à des cérémonies religieuses ou  à des activités culturelles ou politiques. Ne voir dans ce désastre qu’une occasion de plus d’intercéder Dieu ou les saints, ou d’annoncer des mesures qui jamais ne s’appliqueront est aussi bien puéril que nul. Il nous faut vite agir. Et pour se faire, chercher des exemples éclairants, observés ailleurs. Et sur ce point, un pays peut être pris comme modèle. Le Japon.

Après chaque tremblement de terre, ce pays revoit ses normes de construction ainsi que ses différents plans de secours. Au niveau de la société civile, la réflexion prend une dimension encore plus profonde. C’est ce que nous fait comprendre le romancier japonais, Natsuki Ikezawa, dans un  article publié dans le journal français, Le Monde diplomatique, en décembre 2011. L’auteur raconte comment de nombreux japonais ont ‘’compris’’ le puissant tremblement de terre de magnitude 9 sur l’échelle de Richter, suivi  d’un tsunami amenant vers la côte des vagues de plus de 10 mètres de haut.

Selon Ikezawa, cette double catastrophe survenue le 11 mars 2011, a permis aux Japonais de découvrir le sens de leur vie sur cette terre qui leur permet d’être. Pour eux,  la nature n’est ni bonne ni méchante. Elle n’est pas un existant, dans le sens où elle n’est utilisée ni par un dieu ni par un démon pour donner une quelconque leçon ou punition au peuple. Par conséquent, malgré les coups durs, le peuple doit à chaque fois recommencer, et même tout recommencer. Les douleurs finissent par laisser la place au goût de travailler.  

Pour aller de l’avant, les Japonais savent qu’ils peuvent compter sur ‘’leur propre force intérieure, mais aussi sur la solidarité « horizontale » de leurs pairs ‘’, dit Ikezawa.  Mieux encore, c’est cette solidarité qui permet à la communauté de triompher de la destruction. Elle est à l’opposé des actions que peuvent poser des institutions ou organisations nationales ou internationales qui, elles, exigent une confiance ‘’verticale’’. Et, selon l’auteur, une telle approche ne génère que la dépendance.

Une dernière leçon découverte par les Japonais, aux dires d’Ikesawa, c’est de voir dans la catastrophe une ‘’occasion de changement’’. Cependant, cela suppose que la société soit en mesure de reconnaître ses erreurs et de prendre une autre direction. Elle doit être déterminée à consacrer de grandes ressources intellectuelles  et financières au service des objectifs de réduction d’impact des aléas de la nature. La catastrophe devient alors un tournant, et non une fatalité. Victoire de l’esprit sur la contingence !

Qu’en cette année 2014, notre pays se décide à emprunter, à l’instar du Japon, la voie qui mène à la rationalité, source de modernité et  de croissance…