.Chantier de taille de pavé de bois, au début du 20e siècle.

Vue d’une surface pavée en bois

 

Pose des pavés de bois et des lattes. Dessin de G. Julien et de G. Giaud.

Enlèvement des lattes, coulage du bitume dans les interstices. Dessin de G. Julien et de G. Giaud.

 
 
 
 
 
 


Du bois pour paver les chaussées d’antan !

Matériau à la fois universel et intemporel, utilisé depuis  des millénaires pour la construction de maisons, de bâtiments et aussi pour des canalisations d’eau, pour la construction de wagons, de rails et autres, le bois  aussi été, pendant un laps de temps, utilisé dans le revêtement de la chaussée, en particulier à Londres et à Paris. C’est dans cette dernière ville que nous vous invitons à suivre brièvement l’histoire des chaussées de bois, innovation qui n’allait pas survivre à l’inondation de 1910.

Paris. A la fin du 19e siècle, les rues étaient fréquentées mais sombres, étroites et insalubres. Nombreux étaient les accidents qui, chaque jour, impliquaient tant les humains que les chevaux fatigués par un pavage de chaussée dont la dangerosité était régulièrement critiquée par les habitants de la ville.

En effet, pour le peuple de Paris,  les  problèmes de circulation étaient dus aux différents types de revêtements utilisés pour les chaussées : le petit pavé, le gros pavé, le macadam et l’asphalte.

Le gros pavé, en pierre raboteuse, était souvent placé dans les rues à pente forte où il donnait au pied des chevaux un appui facile, ainsi que dans les rues ou la circulation offrait une surface de roulement plus unie. Ce revêtement en pierre ne présentait  d’autre inconvénient que sa sonorité. Ensuite, on trouvait le macadam, mélange de pierres concassées et de sable qui fit son apparition dans les années 1880. Les chaussées à macadam fatiguaient moins les pieds des chevaux que le pavé, et surtout étaient plus silencieuses. En troisième lieu, on rencontrait l’asphalte (carbonate de chaux pur imprégné de bitume) qui constitua un nouveau progrès  dans le revêtement de la chaussée. Cependant, il avait lui aussi ses inconvénients comme les précédents : mouillé, il devenait terriblement glissant, à tel point que les cavaliers préféraient éviter les rues asphaltées par temps de pluie ou de neige. Ces trois revêtements, pavé, macadam et bitume ne donnaient pas entière satisfaction aux usagers de la traction hippomobile.  Ghislaine Bouchet, 1993. Le cheval à Paris de 1850 à 1814.

Les pavés de bois

Le revêtement en pavés de bois (madrier de sapin débité en rectangles de 8 cm de longueur, 12 cm de hauteur et 22 cm de largeur) a été une innovation de l’entreprise anglaise Improved Wood Pavement Company. Quand elle s’est vue confier le revêtement des rues de Paris, la compagnie a pris le nom de Société des Pavages en bois.  Mais dès les premiers essais rapportent les historiens, les usagers ne semblaient pas être trop enthousiastes. Ils reprochaient, en effet, à ce revêtement son caractère poreux, sa trop grande absorbation de l’humidité, de la poussière, des urines, etc… De plus, le pavé de bois était instable car se dilatant à la saison chaude. Mais les autorités municipales le jugeaient meilleur à tous les autres revêtements et autorisaient la Société des Pavages en bois à transformer le visage des quartiers chics de la ville. Ainsi le bois allait conquérir des rues comme l’avenue des Champs Elysées, l’avenue Marigny, la Place Beauvau, la Place de l’Opéra, la rue Royale, etc.

La méthode de revêtement en bois

Le 7 octobre 1883, le Journal illustré présente  à ses lecteurs la méthode d’installation de ce nouveau revêtement qui devait remplacer tous les anciens modes de pavage des rues de Paris :

Il faut d’abord dépaver la chaussée que l’on veut paver en bois, c’est-à-dire en enlever les anciens pavés de grès ou le macadam qui la recouvrait. Ce travail achevé, on nivelle le terrain afin d’avoir un plan régulier. On coule alors sur ce terrain plat une forme en béton et sur cette forme on étend une couche formant un enduit composé d’un mortier, du ciment et de la chaux. Là-dessus se pose le pavé de bois qui a été trempé dans du bitume desséché. Il se pose par bandes perpendiculaires à l’axe de la chaussée, et entre chaque rangée, chaque bande, on place une latte de un centimètre d’épaisseur environ qui a pour but un isolement momentané et qui doit ensuite disparaître. Lorsque la surface couverte par les pavés de bois est en effet suffisante, on retire cette latte, et dans l’espace qu’elle laisse vide, on coule du bitume bouillant, qui unit entre elles toutes les bandes et les scelle en quelque sorte. Lorsque le bitume est refroidi, on verse sur la surface ainsi préparée un mortier très clair et au moyen d’un balai dur que l’on promène partout, on achève de remplir les joints.

Les pavés de bois flottent dans une rue de Paris inondée. Janvier 1910.

Cependant l’inondation de 1910 allait remettre en question l’utilisation du bois pour paver les rues. Les entreprises de construction routières ainsi que les municipalités ont pu, à partir de cette catastrophe, constater les limitations du pavé de bois. Peu résistant à la submersion, nul ne voulait plus utiliser le bois  comme revêtement de chaussée. Le pavage de bois a ainsi disparu des villes européennes. Rares sont les lieux où le promeneur peut encore aujourd’hui, dans les villes qui avaient opté pour ce revêtement, observer dans une entrée de garage ou autre, une section de pavage de bois défiant le temps.